Hugues Vanhoutte travaille depuis 2007 au B.A.T.C.H. Explorateur du Hainaut, il nous en dit plus sur son métier et sur les tournages dans la région.

Consultez ici notre article sur le B.A.T.C.H.

Hugues Vanhoutte, aux 10 ans du B.A.T.C.H. Photo: © Samy Harzallah

Hugues Vanhoutte, aux 10 ans du B.A.T.C.H. Photo: © Samy Harzallah

Tu as beaucoup voyagé dans le Hainaut. Pourrais-tu nous décrire ce qui caractérise le paysage de la région, point de vue cinématographique ?

« Ce qui est assez intéressant avec le Hainaut, c’est sa diversité, due à la configuration de son territoire: on part de la commune de Mouscron- Comines- Warneton avec des paysages plus « flamands », on descend ensuite vers le Tournaisi, dont les environs sont très campagnards, avec l’agglomération de Tournai en elle-même qui a une architecture parfois plus française. Quand on nous demande des décors pour filmer dans un Paris « d’époque », on s’oriente généralement vers Tournai. Vers Mons aussi, pour ses nombreux pavés « à l’ancienne ». Le bassin industriel de la région de Charleroi et toute la région du Centre sont aussi intéressants d’un point de vue décor. Et puis la Botte du Hainaut : ce n’est pas encore dans les Ardennes, mais c’est déjà un paysage typiquement ardennais, vallonné, avec de grandes forêts de sapins. Cette variété de décors permet d’attirer une multitude de projets sur le territoire.

D’autres points forts sont les sites miniers comme Bois-du-Luc, très bien conservé grâce aux travaux qui sont menés ; le Bois du Cazier ou encore le site du Grand Hornu. On nous demande aussi beaucoup de châteaux. Il n’y en a pas qu’en Hainaut, évidemment, mais les nôtres ont beaucoup de succès. Notamment le château de Beloeil, souvent appelé « Le château de La Loire belge ». Le Château de Louvignies aussi, mais plutôt pour son intérieur : il a conservé tout son mobilier, toute sa décoration, et même jusqu’à la vaisselle d’époque ! On y tourne des films dont l’histoire est censée se passer en France. Ce qui intéresse aussi souvent chez nous, ce sont les vastes étendues dégagées. On trouve encore des hectares de campagnes qui sont relativement bien épargnés par l’industrie ou par les implantations modernes type éoliennes ou pylônes, même si ça devient de plus en plus difficile à trouver. »

Est-ce qu’un tournage t’a particulièrement marqué ?

« Le tournage de Dany Boon, « Rien à Déclarer », était assez marquant. C’était vraiment une grosse production, 25 millions € de budget à peu près. La grosse machinerie franco-belge a débarqué sur le petit territoire de Momignies. Ils ont reconstitué une rue complète : pour remplir l’espace entre deux maisons, ils construisaient de fausses façades avec des rideaux et des faux bouquets de fleurs qui donnaient l’illusion de maisons contiguës, au lieu d’une alternance maison- jardin. Ils ont construit le café « No man’s Land » que tiennent François Damiens et Karin Viard. Ils ont bouclé tout le périmètre autour du plateau de tournage. Les moyens débloqués étaient vraiment impressionnants.

En même temps, je reste très attaché aux petits films et aux courts-métrages, et j’en garde d’excellents souvenirs. C’est plus cordial et vu qu’ils ont moins de moyens, ils ont peut-être plus besoin de nous. Je prends l’exemple d’un film qui a été tourné dans un ancien commissariat, à Ath. Après avoir trouvé le décor, j’ai pris contact avec la police et avec la commune. Ensuite, j’ai trouvé le traiteur, et plein d’autres choses. A un moment, on m’a demandé si je pouvais prêter ma voiture pour qu’elle passe à l’image. Puis, il manquait un figurant, et ils m’ont demandé si je pouvais participer, donc j’ai fait une demi-journée de figuration. Ce sont aussi de bonnes expériences. »

Hugues Vanhoutte, aux 10 ans du B.A.T.C.H. Photo: © Samy Harzallah

Hugues Vanhoutte, aux 10 ans du B.A.T.C.H. Photo: © Samy Harzallah

Beaucoup aimeraient travailler dans le cinéma… Comment es-tu arrivé au B.A.T.C.H. ? Est-ce que tu t’imaginais travailler dans ce milieu ?

« C’est arrivé un peu par hasard. En dernière année, dans mes études de relations publiques et communication, je devais faire un stage. Au début, j’étais plus intéressé par l’évènementiel et comme je suis originaire de la région, j’avais postulé pour un stage au Festival du Film d’Amour de Mons. Après le stage, j’ai été bénévole au festival. Parallèlement, le B.A.T.C.H. commençait à se créer, tout doucement. Au bout de deux ans, il y a eu un intérêt de la part de la Région Wallonne pour créer des bureaux d’accueil pour d’autres provinces que le Hainaut. Par ce biais, de nouvelles subventions ont été dégagées, ce qui a permis de m’engager. Quelque part, j’ai eu la chance d’être là au bon endroit, au bon moment. Je n’avais pas une formation de cinéma, et je n’avais pas la prétention de vouloir travailler dans le milieu, mais on m’a fait cette proposition. A notre époque, quand on vous propose du boulot, il ne faut pas être difficile ! Et ce qui m’a plu, c’est que c’était le seul bureau d’accueil wallon, nous étions vraiment pionniers en la matière. C’était un challenge. »

Quelles sont les qualités nécessaires pour travailler dans un bureau d’accueil ?

« C’est toujours mieux quand on s’y connait en cinéma, pour voir un peu de quoi on parle. Au début d’un projet, c’est important de pouvoir se mettre à la place du réalisateur et de comprendre son univers. Quand tu lis dans le scénario « intérieur, maison », tu sais que ce n’est pas n’importe quelle maison. Le réalisateur recherche une maison de telle époque, avec telle décoration, telle disposition,… Il faut pouvoir instaurer un dialogue, par rapport à ce qu’il recherche en termes de décor. Et c’est là que c’est important d’avoir une bonne connaissance du cinéma, parce que souvent, les (jeunes) réalisateurs vont utiliser une référence à d’autres films ou d’autres réalisateurs. Connaissant moi-même ces films, je peux orienter mes recherches.

Un repéreur doit aussi bien connaitre son territoire. Avant de travailler pour le B.A.T.C.H., j’avais déjà un certain attachement au Hainaut et à son patrimoine : j’aime découvrir des sites naturels, des châteaux,… et c’est utile pour le boulot. Les compétences relationnelles sont aussi importantes, pour se créer un réseau de contacts, de personnes et de ressources. Et pour « négocier »: il faut savoir convaincre les propriétaires d’accueillir un tournage, leur faire comprendre l’intérêt du dérangement potentiel. Parfois, leur maison est inondée de gens et de matériel. Ils ne se retrouvent plus chez eux et ont peur pour leurs tableaux, pour leurs meubles,… Mais en général, tout se passe très bien. »

Héraut ou Héros du Hainaut ?

Hugues Vanhoutte, aux 10 ans du B.A.T.C.H. Photo: © Samy Harzallah

Hugues Vanhoutte, aux 10 ans du B.A.T.C.H. Photo: © Samy Harzallah

« Un peu les deux. « Héraut », si je ne me trompe pas de signification, oui, on est un peu porte-parole du territoire parce qu’on le met en valeur auprès des cinéastes belges, mais aussi à l’étranger. On se rend à différents festivals et on invite les productions à venir chez nous, en Hainaut. On essaie aussi de mettre en avant l’industrie du cinéma. Il y a des sociétés très performantes chez nous, au niveau de la technologie, par exemple en post-production, que ce soit le son, l’image,…. Les gens n’en ont pas toujours conscience, mais on fait des films qui gagnent des prix partout dans le monde. Comme « Ernest et Célestine », qui a reçu un Magritte, notamment pour le son (ndr : le film a aussi été nominé aux Oscars). La post-production sonore a été faite à Charleroi. C’est important de montrer que tout le cinéma ne se passe pas à Bruxelles, à Hollywood, ou à Paris. Mais ce qui importe vraiment, c’est de faire connaitre les Hainuyers qui ont travaillé sur ces projets. Souvent, ces noms sont connus par les techniciens et les cinéastes, mais pas par le grand public.

Et « Héros »… bon, c’est avec beaucoup de modestie, mais on en parle parfois avec mon collègue, quand on discute du fait qu’on aime notre métier. En Hainaut, on n’est que trois à faire ce genre de boulot. Pas du cinéma, mais travailler pour un bureau d’accueil, qui n’implique pas que le repérage. On travaille pour mettre toute la province en valeur, pour attirer des tournages, mais aussi pour redorer un peu son blason. Et à partir de ce moment, oui, on pourrait nous considérer comme des héros se battant pour la mise en valeur d’une région (rires). Mais sans aucune prétention, parce qu’il y a beaucoup de gens qui le font. C’est plutôt toute une force, et à la Province de Hainaut notamment, beaucoup de gens y travaillent. »

Propos recueillis à Mons, le 14 mars 2014, par Nicolas Zinque. Photos de Samy Harzallah.

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