Ces dernières années, de plus en plus de productions ont posé leurs caméras sur les terres hainuyères. Outre des œuvres belges, certaines grosses productions françaises ont été tournées chez nous: si le « Rien à Déclarer » (2011) de Dany Boon en est la plus célèbre représentante, d’autres œuvres y ont été tournées en partie, comme le récent « Boule et Bill » (Franck Magnier et Alexandre Charlot, 2012), « Angélique, Marquise des Anges » (Ariel Zeiton, 2013), « Largo Winch II » (Jérome Salle, 2011) ou encore « Cinéman » (Yann Moix, 2008). Un hasard ? Pas vraiment ! Un service contribue à ce développement, en facilitant la recherche de décors dans le Hainaut: le B.A.T.C.H.

Consultez ici notre interview d’Hugues Vanhoutte, employé au B.A.T.C.H.

Un accueil pour les tournages

Derrière cet acronyme, digne d’une organisation secrète, se cache le Bureau d’Accueil de Tournage Cinéma en Hainaut. Acteurs de l’ombre, souvent méconnus du public, les bureaux d’accueil de tournages jouent un rôle important dans l’épanouissement du secteur audiovisuel. Mettez- vous dans la peau d’un réalisateur ou d’un producteur d’un film. Votre scénario est devant vous, et vous voudriez bien tourner quelques scènes dans un village un peu rustique, composé de quelques bâtiments anciens. Comment trouver le décor de vos rêves ? L’une des solutions consiste à s’adresser à un bureau d’accueil de tournage qui connait bien la région.

En Belgique, cette activité est récente. Le B.A.T.C.H. a fêté ses dix ans en février 2014, durant le Festival International du Film d’Amour de Mons. Hugues Vanhoutte, employé du bureau, nous raconte l’anecdote à l’origine de ce service : « C’était un peu avant 2004. Olivier Assayas réalisait « Les Destinées sentimentales » (ndr : sorti en 2000). Pour ce film, il recherchait une ancienne faïencerie. La célébrité de la Royal Boch (ndr : réputée pour son appellation « Keramis ») l’a amené ici, à La Louvière. Par différents contacts, cette recherche est tombée dans l’oreille d’André Ceuterick, le chef du secteur Hainaut cinéma. Le service a aidé un peu, comme il pouvait, parce qu’il est installé à La Louvière et qu’il a des contacts dans la ville. Ce tournage a mis la puce à l’oreille d’André Ceuterick et de son collaborateur de l’époque, Marc Bossaerts. Ils se sont dit que ce serait bien de développer une aide au tournage, à l’instar des commissions du film, en France. »

Tournage du film "Au cul du Loup", réalisé par Pierre Duculot (2012) Photo: © B.A.T.C.H.

Tournage du film « Au cul du Loup », réalisé par Pierre Duculot (2012). Photo: © B.A.T.C.H.

Ainsi est né, en 2004, le premier bureau d’accueil de tournage wallon ! Dès l’origine, deux objectifs lui sont assignés: « d’une part améliorer la visibilité du Hainaut et de son patrimoine par le biais des tournages et, d’autre part, en favoriser le développement économique ». En effet, le 7e Art est une industrie qui brasse beaucoup d’argent. En associant la région à des tournages prestigieux, il améliore son image de marque. Le B.A.T.C.H. accorde à cet aspect une grande importance et demande, en échange de la gratuité de son service, que le soutien du Hainaut soit notifié au générique et dans la communication du film. Plus concrètement, un tournage entraine des dépenses sur le territoire, par exemple sous la forme de séjours à l’hôtel ou de consommations locales.

Un service pour tous

En tant que service, fonctionnant avec des subventions régionales et provinciales, le B.A.T.C.H. est ouvert à tous les projets sérieux : co-production internationale ou projet amateur ; long ou court-métrage ; fiction, publicité ou documentaire. A ses débuts, quand la demande était faible, le bureau ne traitait qu’une dizaine de projets par an et pouvait s’occuper de chacun d’eux. Aujourd’hui, victime de son succès, l’équipe, composée de trois (équivalents) temps plein, ne peut plus faire face à tous les dossiers et doit, parfois, faire des choix. Entre la volonté d’aider tout le monde et les obligations, trancher n’est pas simple ! Naturellement, ce sont les grosses productions avec des vedettes et des réalisateurs renommés qui amènent le plus, tant en termes de visibilité que d’investissements économiques. Ce qui ne veut pas dire que les petits projets sont délaissés. Un coup d’œil à la répartition des dossiers aidés le confirme. Actuellement, sur une centaine de projets soutenus annuellement (à comparer aux 19 dossiers reçus en 2005), on dénombre 20 à 30 longs-métrages, 30 à 40 courts- métrages, le reste étant constitué de divers projets comme des clips ou des publicités. Après dix ans d’existence, le B.A.T.C.H. a aidé 908 projets (chiffre arrêté en février 2014).

Si les repérages constituent l’essentiel de l’aide apportée aux productions, le B.A.T.C.H. propose également d’autres types de soutien. Il peut servir d’interlocuteur avec l’administration, par exemple pour les autorisations de tournage dans la rue, ou pour d’autres services, comme le prêt de matériel. Occasionnellement, si le planning le permet, les employés du B.A.T.C.H. peuvent donner un coup de main sur un tournage (blocage des rues,…). Ce type d’aide sera davantage sollicité par des tournages à faible budget. C’est en ce sens que le bureau reste un service et peut aider des petits tournages. Enfin, le B.A.T.C.H. possède une liste de contacts utiles dénombrant, 380 techniciens, 100 comédiens et 450 figurants.

Tournage du film "Au cul du Loup", réalisé par Pierre Duculot (2012) Photo: © B.A.T.C.H.

Tournage du film « Au cul du Loup », réalisé par Pierre Duculot (2012). Photo: © B.A.T.C.H.

A la recherche du décor de rêve… le B.A.T.C.H. a besoin de vous !

A ses débuts, les repéreurs du B.A.T.C.H. pouvaient spontanément partir en reconnaissance et sillonner le Hainaut, à la recherche du décor idéal. Ce qui a permis d’alimenter une base de données forte d’environ 2500 décors incluant des maisons, des châteaux, des routes particulières,… Aujourd’hui, à cause de son succès, le bureau fonctionne essentiellement sur requête : « Dans un premier temps, quand on a une demande d’un cinéaste, réalisateur ou producteur, qui recherche tel ou tel type de décor pour un projet de tournage, on fouille notre base de données, pour voir s’il y a des choses qui s’y apparentent. Sinon, on part vraiment sur les routes, en repérages… qu’on prépare évidemment ! Par exemple on utilise de la documentation sur le patrimoine de la Province. On travaille avec des cartes routières, pour déterminer certains lieux, certaines régions. Aujourd’hui, il y a aussi Google Maps et Google Street View qui permettent, avant de nous lancer dans une région, de vérifier si elle correspond bien. Evidemment on ne se contente pas des photos ! Rien ne vaut l’œil d’un être humain, pour voir à quoi ressemble ces lieux.» C’est là qu’une bonne connaissance de la région s’impose : à défaut de savoir où trouver exactement, il est utile de savoir dans quelle direction chercher.

Une autre possibilité pour faire face à ce besoin constant de nouveaux lieux est de faire appel à vous. En effet, rien ne vous empêche de proposer un lieu qui, selon vous, pourrait être un bon décor. Le B.A.T.C.H. se rendra éventuellement sur place pour prendre des photos et vous expliquer en quoi consiste un tournage, ses bons côtés et ses… désagréments. Si accord il y a, le lieu proposé sera introduit dans la base de données et servira de décor… pour peu qu’il touche le cœur d’un réalisateur !

Tournage de "Henri", de Yolande Moreau. Photo: © B.A.T.C.H.

Tournage de « Henri », de Yolande Moreau. Photo: © B.A.T.C.H.

Un service gratuit qui vous rapportera potentiellement de l’argent ! Tout dépend bien entendu de la nature du projet, du budget de la production ou encore de la durée de dérangement. L’heureux propriétaire d’un château peut, par exemple, espérer jusqu’à plusieurs milliers d’euros. Pour une belle maison, le défraiement peut varier de 50-150€/jour pour un court-métrage étudiant à 500-1500€/jour sur un long-métrage. En fin de compte, ce sont toujours les propriétaires qui donnent leur accord, ou pas. Certains n’hésitent pas à proposer gratuitement leurs biens, parce que le cinéma reste une aventure à laquelle on est toujours heureux de prendre part. L’occasion de voir l’envers d’un film et de découvrir sa maison sur grand écran !

Nicolas Zinque

Infos pratiques

B.A.T.C.H. : Arthur Warocqué, 59 – 7100 La Louvière. Tél : 064/312.815

Liens

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